- TEMOIGNAGE
- avril 30, 2026 - mai 1, 2026
- 12:00 am - 12:00 am
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« Je voulais apprendre de moi-même comment écrire mon nom afin que je ne me sente plus ridicule dans ma communauté ».
Alphabétisation, AVEC, Femme pygmée/Kabare/Sud-Kivu
« Je réponds au nom de NABINTU MUSHOHO, j’ai 21 ans et je suis mère de 3 enfants garçons. Je suis mariée et habite le village de Buyungule. Je suis membre de l’association « Umoja la bambuti » (Union des Pygmées).
Ma vie d’avant le projet Femmes en Action est tellement différente de celle que j’ai maintenant. Auparavant, nous étions méprisées, nous les femmes pygmées. À aucun jour, une femme pygmée ne pouvait se tenir devant les gens pour parler ou partager son idée. Nous étions considérés comme des sous-hommes et n’avions aucune considération dans la société et surtout dans notre village. Auparavant, il était impossible pour une Pygmée de se tenir devant une assemblée et d’écrire au tableau ou de faire passer son idée. Mais depuis que nous avons reçu différentes formations dans le cadre du projet « Femmes en Action », avec la Caritas Goma et ses partenaires, je sens que ma manière de penser et de réfléchir a changé.
Et la situation en général des Pygmées a changé, mais surtout ma propre situation dans la communauté a changé. Aujourd’hui, avec la connaissance que j’ai, je peux m’assoir sans complexe avec le colon (Mushi) et on partage nos connaissances sans complaisance.
Mais ce que je dois vraiment dire, est que c’est surtout grâce aux formations à l’alphabétisation que le changement est très visible dans ma vie. Aujourd’hui, je suis capable de compter et d’écrire de 1 à 20, alors qu’auparavant, Pygmée que je suis, je ne savais ni lire ni écrire. Les formations m’ont ouvert l’intelligence et, en tant que femme, je comprends maintenant comment me tenir.
Ma communauté (pygmée) refuse de faire scolariser les filles et même les garçons car nous trouvons que cela n’a pas d’importance, mais les enseignements reçus du projet nous ont ouvert les yeux et on comprend maintenant que les études ouvrent la connaissance. Aujourd’hui, nous suivons aussi l’exemple des shi (colon) qui scolarisent leurs enfants. Nous envoyons également les nôtres à l’école
Personnellement, j’ai accepté de faire la formation en alphabétisation car nous étions souvent humiliées dans les assemblées ou ateliers. Nous les Pygmées, nous n’avions personne pour écrire nos noms sur un papier. C’est pour ne plus avoir cette honte que j’ai accepté de suivre la formation en alphabétisation.
Pour que je sache lire et écrire, nous avons fait 6 mois, si je ne me trompe pas. Dieu sait que j’ai le souci de faire scolariser aussi mes enfants car ils doivent aller à l’école afin qu’ils sachent que c’est important de savoir lire et écrire.
Mon mari, lui, avait eu la chance d’étudier, je crois, jusqu’à l’université et cela après avoir obtenu son diplôme. Tous les parents ne sont pas pareils car ceux de mon mari l’ont fait scolariser. Un jour, il m’avait demandé pourquoi vouloir aller aux études (alphabétisation) alors que je suis déjà une grande personne ? Mon mari voulait comprendre ma motivation d’accepter de suivre la formation en alphabétisation. Ma réponse était que je voulais apprendre de moi-même comment écrire mon nom afin que je ne me sente plus ridicule dans ma communauté et la société.
Mes amies et connaissances recourent à moi pour écrire leurs noms ou lire. Il m’arrive de leur dire de venir suivre les cours et d’être simplement attentives à ce que le maitre (formateur) nous enseigne. La connaissance que j’ai aujourd’hui, eux pensent que cela vient de Dieu. alors que Dieu était là quand je ne savais pas écrire ni lire. Mais ma connaissance vient des formations car j’ai accepté d’apprendre. Nous les femmes pygmées savions que c’est Dieu qui met la connaissance dans la tête de certaines personnes et chez d’autres non.
Ce projet « Femmes en Action » est vraiment important pour moi. En tant que femme, j’ai intégré aussi l’AVEC (association villageoise d’épargne et de crédit), ce qui me permet aujourd’hui de prendre des petits crédits et de rembourser mais aussi dans la prise en charge de la famille.
Avec différentes formations données par Femmes en Action, j’ai appris à ne plus voler encore dans les champs d’autrui les haricots ou les maïs, ou à ne plus couper les arbres dans le parc. J’ai appris à prendre le crédit et à faire des petits commerces en empruntant par exemple la somme de 20 000 francs dans les AVC. Ensuite, je vais investir en commercialisant les Ndakala (fretins) de 2000 francs, des ails, des poireaux, du sel, des épices et avec le profit que je gagne, je suis rassurée que mes enfants ne mourront pas de faim.
Pour ma vie future, je demande la grâce à Dieu que mes enfants finissent l’école primaire et qu’ils entrent à l’institut secondaire afin d’obtenir leur diplôme et après fassent même l’université. De cette manière, j’aurais le respect dans la communauté car ils diront que cette femme a fait scolariser ses enfants. C’est vraiment mon plus grand souhait et rêve que mes enfants aillent tous à l’école. Même moi, je voudrais continuer avec les études.
Les difficultés qui me restent encore sont liées à cette période de la guerre. Certains d’entre nous, Pygmées, s’adonnent au vol des produits des champs d’autrui et coupent encore les arbres dans le parc ou dans les plantations pour en fabriquer des braises. Mais personnellement, j’ai eu du mal à y retourner après toutes les formations que j’ai reçues sur la protection de l’environnement et les méfaits de couper les arbres. Alors, j’ai refusé de faire comme les autres.
En dernier mot, je remercie « papa Canada » pour ce qu’il a fait pour nous, il a enlevé l’ignorance qu’on avait et nous a instruits. À travers Papa Canada, (le gouvernement canadien/bailleur financier), je suis instruite. Que Dieu le bénisse car aujourd’hui nous ne sommes plus dans l’ignorance. Que le Canada et d’autres partenaires ne s’arrêtent pas avec nous et ne se fatiguent pas seulement avec notre communauté ou notre contrée/groupement. Qu’il continu à aider ceux qui ne savent pas encore lire et les aide à comprendre l’importance de savoir lire et écrire. Il peut même initier aussi des formations en coupe et couture afin que nous devenions plus autonomes.
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