« Le monde d’aujourd’hui, surtout pour les jeunes filles comme moi, est vraiment compliqué. Il n’y a pas de chance pour les jeunes filles, car toutes sont convaincues qu’il faut trouver un mari au lieu de chercher du travail. Elles cherchent le mariage quelles qu’en soient les conditions. Personnellement, j’ai quitté mon foyer il y a une année de cela. Mon conjoint me battait et j’en avais marre de cette vie où je n’avais aucune considération.
Nos disputes tournaient autour du fait que mon mari disait que je lui causais honte auprès de ses amis : « J’ai épousé une idiote qui ne sait ni lire ni écrire », disait-il. Cette phrase était devenue une chanson dans notre maison et certains de ses amis se permettaient même de se moquer de moi en posant des questions difficiles auxquelles je ne pouvais pas répondre, car je n’ai jamais mis les pieds à l’école.
C’était difficile pour moi car je me considérais comme une moins-que-rien. À la naissance de mon troisième enfant, le projet Femmes en Action est venu ici, chez nous, à Makana. J’ai tout de suite été intéressée par le programme d’alphabétisation. C’était pour moi une occasion de prouver à mon entourage, et surtout à mon mari, que je ne suis pas une idiote ou une moins-que-rien et que je peux apprendre.
La première chose que j’ai su écrire, c’était le nom de mon mari ainsi que son âge en chiffres. Au fond de moi, je voulais me prouver à moi-même que je suis capable de changer mon quotidien et de de devenir une femme importante à ses yeux. Après avoir su comment écrire le nom de mon mari, j’ai appris à écrire les noms de tous ses amis qui se moquaient de moi. J’ai été fière de ce que j’accomplissais, car c’était une bonne revanche.
Aujourd’hui, on s’est séparés malgré le fait que je sache écrire, lire et compter. Avec mes enfants, nous vivons chez mes parents et je trouve la vie paisible. Je n’ai pas arrêté les cours d’alphabétisation ; bien au contraire, j’ai même intégré un groupe d’AVEC et je gagne de l’argent. Avec le petit commerce que j’exerce aujourd’hui, j’arrive à subvenir aux besoins de mes enfants.
Savoir écrire me permet aujourd’hui de postuler à gauche et droite afin de subvenir à mes besoins secondaires. Le projet Femmes en Action m’a permis de me reconstruire, d’oublier les moqueries et les insultes de mon mari. Le projet Femmes en Action m’a délivrée de ma dépendance et a fait de moi une jeune fille instruite, prête à se mesurer au marché de l’emploi. Et pour cela, je lui serai à jamais reconnaissante. »
Propos recueillis par Lydie Waridi Kone
Communication
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